Tempio del Valadier et Santa Maria Infa Saxa : spiritualité dans la roche
En arrivant à Genga, dans la province d’Ancône, vous vous rendez immédiatement compte qu’ici, la montagne n’est pas un simple décor : elle est la vedette. Les parois calcaires des gorges de la Rossa se resserrent autour de la vallée, façonnées au fil des siècles par l’eau du Sentino qui coule juste en dessous. La roche claire reflète la lumière, l’air est limpide, et le paysage présente une verticalité marquée qui vous invite à lever les yeux vers le ciel.
Empruntez la Strada Provinciale 15 qui traverse la gorge en direction des grottes de Frasassi. Vous pouvez laisser votre voiture sur l’aire de stationnement signalée, près de l’entrée du sentier menant au temple du Valadier. De là, commence une montée d’environ 15 à 20 minutes, courte mais suffisamment raide pour vous inciter à ralentir. Aucun équipement particulier n’est nécessaire : des chaussures confortables suffisent pour une randonnée légère, mais réalisée avec prudence.
Le sentier vous conduit à l’intérieur d’une grande cavité naturelle. Là, presque à l’improviste, apparaît le Temple du Valadier. Construit en 1828 sur ordre du pape Léon XII, il présente des formes néoclassiques élégantes en travertin clair, parfaitement proportionnées. Ce n’est pas seulement un élément scénographique : il a été conçu comme un lieu de recueillement pour les pèlerins, un refuge spirituel au cœur de la roche. Arrêtez-vous pour observer le contraste entre l’architecture et la grotte : ici, la pierre ne domine pas l’édifice, elle le protège.
Quelques pas plus haut, vous trouverez l’ermitage Santa Maria Infra Saxa, dont l’existence est attestée dès le XIe siècle. Plus ancien et plus sobre, il témoigne d’un choix délibéré de retraite : loin de la vallée, à proximité du rocher qu’il protège. De là-haut, la vallée s’ouvre sous vos yeux, et le contraste entre la grotte et le paysage environnant montre clairement que ce lieu a été choisi pour son isolement et sa force naturelle.
Abbaye San Vittore alle Chiuse : style roman au fond de la vallée
Après la visite de l’église, redescendez vers le fond de la vallée. En environ cinq minutes de voiture, en empruntant la même route départementale, vous arriverez à l’abbaye San Vittore alle Chiuse. Vous pouvez vous garer dans les zones situées à proximité de l’abbaye.
Ici, le paysage change complètement. La verticalité de la grotte laisse place à une architecture compacte et harmonieuse, construite entre le XIe et le XIIe siècle en pierre locale. L’abbaye se dresse près du fleuve Sentino, dans une position qui, au fil des siècles, a favorisé la présence monastique le long des voies qui traversaient la gorge.
À l’extérieur, l’édifice impressionne par l’équilibre de ses formes romanes : des volumes simples, des absides semi-circulaires et un clocher épuré. Si vous trouvez l’église ouverte, cela vaut la peine d’y entrer. L’intérieur est sobre, presque austère. Ne vous attendez pas à des décorations somptueuses : ici, l’effet est donné par les proportions et par la lumière, qui filtre à travers les petites fenêtres et crée une atmosphère intimiste qui invite à s’arrêter quelques minutes.
C’est l’un des lieux les plus représentatifs de l’architecture romane dans les Marches, et il marque bien le passage entre la spiritualité rupestre de la matinée et la spiritualité monastique du fond de la vallée : après la grotte, c’est une pause qui remet de l’ordre.
S’il vous reste du temps et de l’énergie, vous pouvez poursuivre vers l’ermitage de Grottafucile, dans la localité de Castelletta, sur le territoire de Fabriano. En quelques minutes de voiture, vous atteindrez le village de Castelletta, d’où part le sentier du CAI qui monte vers l’ermitage ; là, vous pourrez laisser votre voiture et continuer à pied pendant 40 à 60 minutes sur un chemin naturel, avec des tronçons en montée. Il ne s’agit pas d’un parcours technique, mais il nécessite des chaussures adaptées et un peu d’eau.
Une fois arrivés au sommet, vous ne trouverez pas un bâtiment intact. De l’ancien complexe, il reste des blocs de pierre, un mur avec l’ancienne ouverture, une couverture voûtée et des traces des cellules monastiques. Le reste a été lentement englouti par la forêt. Au fil des siècles, l’ermitage a été abandonné et dépouillé ; aujourd’hui, le site est protégé par le Parc de la Gola della Rossa et de Frasassi, qui en préserve la zone.
Choisir d’effectuer cette dernière excursion allonge la journée et nécessite un peu plus de marche ; l’éviter ne modifie pas le rythme contemplatif de l’étape. Dans ce voyage, il n’y a pas de bon choix : il y a le rythme qui vous convient.
Ermitage Santa Maria di Valdisasso : le silence dans la vallée de Valleremita
Quittez Genga et dirigez-vous vers Fabriano, toujours dans la province d’Ancône. Le centre historique, célèbre pour sa tradition papetière, reste en arrière-plan : aujourd’hui, vous montez vers les montagnes. Suivez les indications pour la Valle Romita et Campodonico ; la route monte progressivement, la circulation diminue et le paysage devient de plus en plus boisé.
En environ 20 minutes, vous atteignez Valleremita, un petit hameau au cœur de la nature. C’est ici que se trouve l’ermitage Santa Maria di Valdisasso. Vous pouvez vous garer à proximité du complexe et vous y rendre à pied. Dès que vous sortez de la voiture, le rythme change : le monastère se dresse dans une cuvette naturelle, entouré de prairies et de bois qui le tiennent à l’écart des routes principales.
Cette situation isolée explique bien son histoire. D’origine médiévale, il a été pendant des siècles un lieu de retraite et de passage le long des chemins intérieurs des Apennins. La tradition raconte que saint François s’est également arrêté ici lors de ses déplacements dans la Marca.
L’église et les bâtiments du monastère sont sobres, construits en pierre locale, et conservent une atmosphère intime. Aujourd’hui, l’ensemble abrite une petite communauté franciscaine et continue d’être un lieu de prière et d’accueil.
Il vaut également la peine de s’arrêter dans les environs : les sentiers sont faciles et bien balisés. Il suffit de quelques pas dans les bois pour percevoir l’atmosphère paisible qui a fait de cette vallée un lieu de spiritualité pendant des siècles.
Abbaye San Salvatore di Valdicastro : la vallée de San Romualdo
Après Valleremita, continuez en direction de Poggio San Romualdo. La route traverse des forêts et des crêtes, et en environ vingt minutes de voiture, vous atteignez la vallée où se dresse l’abbaye San Salvatore di Valdicastro. Vous pouvez vous garer à proximité et vous y rendre à pied en parcourant un court trajet.
Le cadre est plus ouvert et plus montagneux : des pâturages, des hêtraies et des reliefs qui ferment l’horizon comme un grand amphithéâtre naturel. C’est précisément ici, vers l’an 1000, que saint Romuald a promu la fondation d’un monastère qui est devenu l’un des centres les plus importants du mouvement camaldulien dans les Apennins des Marches.
L’abbaye a conservé son plan médiéval et garde un caractère sobre, fait de pierre, de silence et d’espaces intimes. À l’intérieur, on perçoit encore l’atmosphère de la vie monastique qui a animé ce lieu isolé pendant des siècles.
Aujourd’hui, l’ensemble est une propriété privée et a été restauré au début des années 2000. Une partie des espaces est utilisée pour des activités agricoles et d’hébergement, mais le lieu conserve intact son caractère silencieux et profondément lié à l’histoire spirituelle des Marches.
Si vous avez encore le temps et l’envie de marcher, vous pouvez poursuivre la journée par une courte randonnée jusqu’à l’ermitage d’Acquarella, situé juste au-dessus du village d’Albacina, dans une zone boisée à la frontière entre Fabriano et Cerreto d’Esi. Laissez votre voiture près du début du sentier et poursuivez à pied pendant environ 40 minutes sur un parcours balisé par le CAI, avec un dénivelé modéré. Il ne s’agit pas d’un tronçon technique, mais des chaussures adaptées sont nécessaires.
Également connu sous le nom de « Romitella », ce petit ermitage est lié à un événement marquant : en 1529, le premier chapitre de la réforme capucine, étape fondamentale pour la naissance de l’Ordre des Capucins, s’est tenu ici. Aujourd’hui, il reste un lieu essentiel, sans services, au milieu de la nature, où le seul bruit constant est celui de l’eau qui coule à proximité.
Ermitage San Cataldo : le silence au-dessus d’Esanatoglia
Quittez les montagnes de Fabriano, traversez la frontière entre la province d’Ancône et celle de Macerata, et descendez en direction d’Esanatoglia. Le village est compact, avec des maisons en pierre regroupées autour du centre historique. Accordez-vous quelques minutes dans ses rues : cela vous aidera à comprendre la relation entre le village et la colline qui le surplombe.
Puis, depuis le centre, suivez les panneaux indiquant l’ermitage de San Cataldo le long de la route qui monte vers le mont Corsegno. Vous pouvez rejoindre en voiture une esplanade en terre battue située juste en dessous de l’ermitage ; sinon, vous pouvez vous garer plus bas et continuer à pied le long de la grande route. Depuis le point de départ du Chemin de Croix, la montée dure environ 20 à 30 minutes, avec un dénivelé court mais marqué. Si, en revanche, vous laissez votre voiture sur l’esplanade la plus haute, le trajet à pied est beaucoup plus court. Le long du parcours, vous rencontrerez les quatorze stations du Chemin de Croix : le chemin n’est pas seulement physique, mais conçu comme un itinéraire de méditation.
Une fois arrivés au sommet, vous comprendrez que ce lieu n’a pas été choisi uniquement pour la prière. L’ermitage se dresse sur un point dominant, également lié à la présence d’une ancienne tour de guet médiévale : d’ici, on contrôlait les routes entre Fabriano, Matelica et Camerino. Avant même d’être un lieu spirituel, c’était un poste de surveillance.
Ici, la pierre ne vous accueille pas dans une grotte, mais vous expose au paysage ; l’ermitage surplombe la vallée et le silence de la montagne accompagne votre halte.
Ermitage San Leonardo : au cœur des Monts Sibyllins
Le dernier jour vous mène au cœur des monts Sibyllins, dans la province de Fermo. Rejoignez Montefortino et poursuivez votre route vers le hameau de Rubbiano, en suivant les indications pour la Gola dell’Infernaccio. La route devient plus étroite : avancez avec prudence jusqu’à l’esplanade de Valleria, où vous pourrez laisser votre voiture. C’est ici que commence le chemin.
Le sentier descend brièvement vers la rivière Tenna, traverse un petit pont et s’enfonce dans la Gola dell’Infernaccio. Les parois calcaires se resserrent progressivement, et l’eau accompagne vos pas d’un bruit constant. C’est l’un des itinéraires les plus fréquentés des Monts Sibyllins, mais il conserve un caractère naturel saisissant.
La montée vers l’ermitage prend environ une heure et demie, avec un dénivelé d’un peu moins de 300 mètres. Il ne s’agit pas d’une randonnée technique, mais c’est la montagne : des chaussures de trekking et un rythme régulier sont nécessaires. Après le tronçon le plus étroit des gorges, le paysage s’ouvre sur la hêtraie de San Leonardo.
À 941 mètres d’altitude, une déviation balisée sur la droite mène, par des virages jamais trop raides, à la terrasse naturelle où se dresse l’ermitage San Leonardo al Volubrio, à environ 1 128 mètres d’altitude.
L’église que vous voyez aujourd’hui est le résultat de la reconstruction entreprise dans les années 1970 par le père Armando Lavini, dit Pietro, sur les vestiges d’un ancien monastère bénédictin abandonné depuis le XVIIe siècle. L’ermitage est déjà mentionné dans les Statuts de Montefortino de 1324 et a été, pendant des siècles, un point de référence sur un chemin de pèlerinage qui reliait Rome à l’Adriatique en traversant ces montagnes.
À la suite du séisme de 2016, l’édifice est en cours de restauration et son intérieur ne peut pas être visité. Vous pouvez cependant vous arrêter devant l’église, sur un long banc en pierre dans le petit jardin situé en face, et admirer le lien direct entre l’architecture et la montagne. Ici, l’eau coule juste en dessous et la roche se dresse derrière vous.
Après quatre jours passés au milieu de gorges, de monastères cachés et de sentiers de montagne, le paysage semble ici résumer l’ensemble du voyage : de l’eau qui coule entre les rochers, des forêts silencieuses, des architectures conçues pour perdurer aux confins du monde.