Carema
En dépit des difficultés liées au climat pas toujours clément et à la géographie difficile du territoire de Carema, la culture de la vigne fait partie intégrante de la culture paysanne de cette localité depuis des siècles, à mi-chemin entre les Alpes et la plaine du Pô : le vin, nectar de convivialité et de goût, occupe une place centrale dans la vie quotidienne de la communauté de Carema.
Il suffit de quelques minutes entre les vignobles, à la frontière avec la Vallée d'Aoste, pour se plonger dans un paysage bucolique, sillonné de chemins muletiers et orné de « topie » viticoles, qui ne sont rien d'autre que des pergolas, soutenues par de petites colonnes (les pilun), sur lesquelles s'enroulent les branches des vignes.
Les murs en pierres sèches de ces terrasses remontent de la cuvette ensoleillée de Carema vers les pentes rocheuses des montagnes. Ici, c'est le royaume du Nebbiolo, le cépage le plus répandu à partir duquel on obtient le prestigieux Carema AOC, un vin aromatique, floral, à déguster dans les caves et les magasins des environs, accompagné éventuellement de charcuterie et de fromages locaux.
Avant de continuer vers le sud, dans un cadre naturel soigné et pittoresque, le vieux village de Carema et l'église paroissiale du Haut moyen Âge de S. Lorenzo, à Settimo Vittone, méritent également une visite pour admirer les fresques conservées dans le baptistère de S. Giovanni Battista.
Ivrée
En longeant les parois rocheuses couleur rouille qui se dressent sur le paysage de Carema, le long du fleuve Dora Baltea vers le sud, vous accéderez rapidement aux collines de l'amphithéâtre morainique d'Ivrée, une zone géologique d'origine glaciaire parsemée de doux reliefs et de lacs, survolés par des oiseaux aquatiques, avec une végétation dense.
Vous entrez ainsi dans le Canavais, une région située entre Turin et la Vallée d'Aoste, dominée au centre par la ville d'Ivrée, une cité aux origines anciennes qui a fait beaucoup parler d'elle au XXe siècle, lorsque la famille Olivetti a ouvert ici un important centre de production dédié à l'électronique et aux machines à écrire.
Les différentes résidences et bâtiments qui composent la ville industrielle d'Ivrée, financés par Olivetti entre les années trente et soixante, sont aujourd'hui reliés par le parcours de visite du MaAM - Musée en plein air de l'architecture moderne d'Ivrée. À la suite d'un projet futuriste pour l'époque, le concept de bien-être a été appliqué à l'architecture et à l'urbanisme, pour le bien-être des employés de l'entreprise : en 2018, l'Unesco a inscrit la ville industrielle d'Ivrée sur la liste du patrimoine mondial.
Dirigez-vous aussi vers le centre historique de la ville pour découvrir les témoignages les plus importants de la longue histoire de la ville, comme le château et la cathédrale Santa Maria Assunta, avec son cloître roman bien conservé, puis descendez pour vous promener le long des rives de la Dora Baltea.
Autour du lac de Viverone
À environ dix kilomètres d'Ivrée, en direction du sud-est, vous vous trouverez devant le lac de Viverone, le plus grand de l'amphithéâtre morainique d'Ivrée. Ce plan d'eau tire son nom de sa ville principale, Viverone, qui relève, toutefois, du territoire de Bielle : les rives du lac sont en effet divisées entre les provinces de Bielle, Vercelli et Turin.
Viverone plaît aux résidents et aux voyageurs pour ses plages facilement accessibles où vous pourrez vous baigner, ainsi que pour ses marais et les peupliers qui peuplent ses rives, un cadre idéal pour une promenade en plein air.
Autour du lac, le paysage revêt les formes sinueuses des collines morainiques et les couleurs vives des champs et des forêts, créant une carte postale à la chaleur méditerranéenne, nonobstant la proximité des Alpes.
C'est peut-être précisément le micro-climat clément de cette région qui a poussé les hommes de l'âge du bronze à construire des pilotis à la hauteur de la ville d'Azeglio, sur la rive sud. Les vestiges d'environ 5 000 poteaux insérés de manière experte dans le sol marécageux du lac de Viverone peuvent aujourd'hui être vus et visités et ils font partie du patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2011 dans le cadre du système des « Sites palafittiques préhistoriques de l'arc alpin ».
De construction beaucoup plus récente, mais tout aussi intéressante et engageante, voici la splendide structure du château et du parc de Masino, qui domine les reliefs de l'amphithéâtre morainique d'Ivrée. La famille aristocratique des comtes Valperga de Masino a commandé la construction de cette grande demeure de prestige entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Les grands salons du château regorgent d'un ameublement riche et de qualité, de fresques et de décorations, tandis qu'autour, s'ouvre un jardin luxuriant, agrémenté de petits temples, d'allées bordées d'arbres et d'un labyrinthe végétal composé de milliers de charmes.
Agliè
Déplacez-vous vers le village d'Agliè, non loin du torrent Orco, pour visiter un autre château qui, comme celui de Masino, a une histoire liée aux vicissitudes séculaires de l'aristocratie piémontaise. Cette fois, c'est la Maison de Savoie qui a financé la création d'un imposant ensemble qui servait de résidence royale, à côté de la liste déjà nombreuse de palais royaux des Savoie construits par les rois piémontais.
Classées par l'Unesco patrimoine mondial en tant qu'ensemble de sites, les résidences savoyardes comptent vingt-deux édifices qui forment une « couronne de délices », à l'intérieur et autour de la ville de Turin.
Environ trois cents pièces de différentes tailles et fonctions sont réparties dans les immenses espaces intérieurs du château ducal d'Agliè.
Parmi celles-ci, la salle de bal du XVIIIe siècle, avec des stucs et richement décorée de fresques, se distingue par sa beauté et son importance, comme également les monumentales cuisines du palais, à visiter avant de descendre dans le parc pour une promenade au milieu de fontaines, de statues, de haies et de prairies fleuries.
Le petit village qui entoure le palais est tout aussi fascinant que le château. Le Touring club italien a attribué à ce bourg le Pavillon orange, pour son offre et son accueil touristique de grande qualité. Entre les ruelles à arcades et les villas pittoresques, l'ancien Alladium (c'est ainsi que s'appelait Agliè à l'époque romaine et médiévale) conserve deux belles églises baroques, dédiées à S. Marta et à S. Massimo.
Parmi les magasins du village, il sera difficile de ne pas tomber sur un paquet de torcetti di Agliè, de délicieux biscuits typiques, ou sur une bouteille de vin savoureux des AOC du Canavais, rouge, Barbera ou Nebbiolo.
Caluso
Vous êtes désormais aux portes de Turin lorsque, parmi les champs et les petites industries typiques du Canavais, se dévoilent à vous certains des vignobles les plus prestigieux de tout le Piémont, ceux du cépage Erbaluce, caractéristique de Caluso, déjà connu à l'époque romaine sous le nom d'alba lux (lumière de l'aube) en raison de sa couleur blanche et brillante comme l'aube.
Les reliefs d'origine glaciaire de l'amphithéâtre morainique d'Ivrée, riches en argile et en galets, conviennent à la culture de ce raisin blanc, à partir duquel on obtient l'Herbaluce de Caluso DOCG. Il s'agit d'un vin de couleur jaune paille, légèrement acidulé, agrumé et fruité, excellent à déguster avec les poissons des nombreux lacs et rivières qui baignent la province de Turin, ou pourquoi pas, avec le saucisson de pomme de terre, un mélange de porc et de tubercule à la saveur contrastée et particulière.
Alternativement au blanc Erbaluce, les gourmets apprécieront également le Caluso passito, obtenu à partir du même cépage mais nettement plus doux et corsé, y compris pour sa teneur en alcool.
Le micro-climat de Caluso et de ses environs, idéal pour les vignobles alpins, est également favorisé par la présence d'un petit plan d'eau, celui du lac de Candia, entouré d'un parc naturel et peuplé d'oiseaux aquatiques comme les butors, les canards Milouin d'Europe et les hérons. Le lac est une excellente destination à explorer en bateau, en canoë ou à vélo.
Pinerolo
Le palais encore imprégné des saveurs des vins de Caluso, vous traverserez toute la région métropolitaine de Turin pour atteindre, après environ 80 kilomètres, une autre zone riche en histoire, culture et vin, qui s'étend autour de Pinerolo et le long des vallées alpines vers la frontière française : le val Pellice, le val Germanasca et le val Chisone.
Parmi les vignobles AOC de la région de Pinerolo, et en particulier autour des villages de Pomaretto, à environ 600 mètres d'altitude, des raisins noirs de différents types offrent une grande variété de rouges, allant du Barbera au Bonarda, du Dolcetto au Freisa, pour ne citer que les appellations les plus connues.
La longue tradition gastronomique et viticole de cette partie du Piémont associe le vin de Pinerolo à une série de délices locaux, capables d'en exalter les saveurs et l'arrière-goût, comme les champignons, encore mieux si ce sont des cèpes, les fromages (le robiole dans des feuilles de châtaignier et le tomini) et les escargots.
Avant de zigzaguer entre les vignobles alpins des vallées de Pinerolo, qui grimpent de manière étonnante le long des crêtes de la montagne, ne manquez pas de passer par la ville de Pinerolo qui mérite certainement une visite approfondie.
Son histoire est liée à la famille des Acaja, apparentée à la dynastie des Savoie, qui choisirent Pinerolo comme ville principale de leurs vastes possessions dans la région environnante grâce, en particulier, au climat doux qui l'a rendue célèbre sous le nom de Nice du Piémont, nichée dans un bassin souvent brûlé par le soleil.
Parmi les rues sinueuses à arcades du centre historique, sur la crête de la colline qui, du nord, surplombe la ville moderne, se cachent certains des principaux monuments de Pinerolo, comme l'église S. Maurizio, dominée par un clocher haut et effilé en briques rouges, et la cathédrale dédiée à S. Donato.
Fenestrelle
Véritable perle du Piémont alpin authentique, Fenestrelle se situe au centre du val Chisone, qui part de Pinerolo vers l'ouest le long d'un tracé qui, pendant des millénaires, a été au centre des routes commerciales et des querelles politiques entre l'Italie et la France.
Ce n'est pas un hasard si, pour se défendre contre l'armée française, la Maison de Savoie a choisi cette localité pour installer, entre le XVIIIe et le XIXe siècle, le fort de Fenestrelle, un ensemble grandiose de contreforts et de remparts difficilement franchissables, qui s'étend sur des centaines de mètres le long des pentes de la montagne, sur la rive gauche du torrent Chisone.
Le nom étrange du village, doucement posé au pied du fort de Fenestrelle, dérive du terme latin « finis terrae cotii ». En effet, avant l'invasion romaine, les terres gouvernées par la tribu celto-ligure des Cottii, qui a également donné son nom à cette partie de l'arc alpin du Piémont, les Alpes cottiennes, se terminaient ici.
Tout comme Agliè, le village de Fenestrelle a reçu le Pavillon orange du Touring club italien, pour souligner l'excellence de son système d'accueil touristique. Il ne reste plus qu'à visiter les boutiques et les ruelles du vieux village, entre terrasses et fenêtres décorées de vases fleuris et colorés, à la recherche d'une dégustation de Plaisentif, un fromage de vache typique de Fenestrelle.
Enfin, si vous souhaitez profiter d'une nature protégée, vous pourrez explorer le parc naturel de l'Orsiera-Rocciavrè, qui s'étend autour de Fenestrelle : chevreuils et cerfs, chamois et marmottes, perdrix, chouettes et de nombreuses autres espèces de la faune alpine vivent ici parmi les reliefs boisés de cette magnifique réserve naturelle.
Exilles
Au bout du val Chisone, vous dépasserez la beauté étincelante de Sestrières, mecque des sports d'hiver et lieu de plusieurs compétitions pendant les Jeux olympiques de Turin 2006, pour arriver dans le val de Suse, en longeant la frontière française jusqu'à Exilles, fin de cet itinéraire entre forteresses et vignobles héroïques.
Agréable à visiter à pied, parmi les ruelles qui entourent l'église S. Pietro Apostolo, le village d'Exilles, compact et à l'aspect typiquement alpin, se trouve au pied d'une colline sur laquelle se tient l'imposante masse d'un fort défensif, utilisé pendant des siècles tantôt par les Français, tantôt par les Savoie, pour se protéger des menaces militaires réciproques.
Le fort d'Exilles, d'origine médiévale, a subi des destructions et des rénovations pendant de longs siècles et a été touché par des explosions et des batailles au cours de nombreux affrontements sur la frontière alpine, jusqu'à sa reconstruction complète et définitive au XIXe siècle, décidée par les rois de Savoie, qui lui a donné l'aspect que nous voyez encore aujourd'hui.
Le tournant historique pour la forteresse d'Exilles est arrivé avec les années de la Seconde Guerre mondiale : à partir de 1945 le fort a, en effet, perdu sa fonction défensive et est devenu depuis quelques années un lieu d'expositions et d'événements culturels.
On ne pouvait pas refermer ce parcours touristique le long de la Route des vignobles alpins sans mentionner la tradition viticole qui, également dans le val de Suse, offre d'excellents vins de montagne, principalement des rouges. L'AOC Valsusa est située sur des cultures en terrasses escarpées qui atteignent des altitudes exceptionnelles, dépassant parfois mille mètres d'altitude.